Financer un livre d’art représente généralement un investissement compris entre 5 000 et 40 000 € selon l’ampleur du projet. Dans la grande majorité des cas, les revenus directs issus de la vente d’exemplaires ne suffisent pas à couvrir ces coûts. Cette réalité économique explique pourquoi le cofinancement est devenu la norme dans le secteur de l’édition d’art en France. Les artistes contemporains disposent cependant de plusieurs solutions complémentaires : subventions publiques (DRAC, Régions, CNL, CNAP), crowdfunding, préventes organisées en souscription, ou encore partenariats privés via galeries, fondations et collectionneurs.

Dans ce guide, vous découvrirez la structure réelle des coûts d’un livre d’art, les différents dispositifs de subventions publiques avec leurs montants et critères d’éligibilité, le fonctionnement précis de la coédition, les plateformes de crowdfunding et leurs taux de réussite, ainsi que des exemples concrets de financements combinés qui ont permis à des artistes de concrétiser leur publication.


 

Réalité économique du livre d’art : pourquoi le cofinancement est la norme

 

Structure des coûts et partage de la valeur

Le Syndicat national de l’édition (SNE) détaille la répartition du chiffre d’affaires net d’un livre : sur un livre vendu 20 €, environ 14 € sont absorbés par la chaîne du livre (impression, diffusion, distribution, librairie, TVA), ne laissant que 6 € à partager entre auteur et éditeur.

Pour les livres d’art, cette équation est encore plus tendue. Les coûts unitaires sont systématiquement plus élevés en raison du papier de qualité, de l’impression couleur, des grands formats, de la photogravure professionnelle et des tirages souvent modestes (200 à 800 exemplaires). Le public reste de niche : historiens de l’art, collectionneurs, institutions culturelles. Le point mort économique devient difficile à atteindre sans apports extérieurs.

 

Fourchettes de budget selon les projets

Les ordres de grandeur constatés dans le secteur pour une fabrication de niveau muséal sont les suivants :

  • Catalogue d’exposition (32–120 pages, tirage 200–500 ex.) : 6 000 à 15 000 €, incluant conception éditoriale, maquette, suivi chromique, impression et diffusion de base
  • Monographie standard (64–200 pages, tirage 300–500 ex.) : 8 000 à 30 000 €, avec textes critiques d’auteurs reconnus et fabrication soignée
  • Monographie de prestige ou catalogue raisonné (300+ pages) : 25 000 à 35 000 € et plus, notamment en cas de coffrets, tirages de tête, œuvres originales jointes

 

Pourquoi le cofinancement s’est imposé

Au vu de ces coûts et de la structure de la valeur, les éditeurs d’art prennent un risque financier important et ne peuvent, sauf exception, assumer seuls l’intégralité du budget. Les ventes en librairie et en galerie ne suffisent presque jamais à rembourser le projet, particulièrement pour les artistes encore en développement.

Les organismes publics de soutien (CNL, CNAP, DRAC, Régions) ont conçu des dispositifs qui couvrent généralement 40 à 80 % du coût éligible. Cette approche conduit à une pratique largement répandue : coédition artiste-éditeur-institution, recours aux subventions publiques pour sécuriser une partie significative du budget, préventes et crowdfunding pour financer l’impression, mécénat privé ou préachats d’exemplaires par galeries, fondations ou collectionneurs.


 

Les subventions publiques pour l’édition d’art (DRAC, Région, CNL, CNAP)

Centre national du livre (CNL)

Le CNL soutient les maisons d’édition prenant des risques économiques pour une production de qualité. L’aide aux éditeurs pour la publication d’ouvrages couvre notamment les beaux livres et certains livres d’art.

Bénéficiaires : éditeurs ayant au moins un an d’activité, au moins trois ouvrages publiés, un catalogue vivant (1 livre/an minimum), une diffusion structurée via contrats de diffusion/distribution ou réseau de librairies.

Projets éligibles : ouvrages comportant en principe au moins 50 % de texte (hors jeunesse et BD), tirage minimum 500 exemplaires (300 exemplaires pour poésie/théâtre).

Dépenses éligibles (assiette plafonnée à 38 000 €) : frais techniques éditoriaux (hors rewriting et suivi éditorial interne/externe), frais de prépresse, frais industriels (impression, façonnage), coûts spécifiques liés à des ouvrages collectifs ou à des collections (coordination scientifique, rémunération des contributeurs).

Taux et montants : taux d’intervention standard de 40 % ou 60 % de l’assiette éligible, possibilité d’exception à 70 % pour certains projets nationaux ou prioritaires, montant de 500 à 22 800 €. Si l’aide est inférieure ou égale à 15 000 €, versement en une fois à réception des justificatifs. Si supérieure à 15 000 €, 50 % à la décision, 50 % à la remise des justificatifs (factures, récapitulatif certifié des coûts). En cas d’autres aides obtenues, la subvention CNL est ajustée pour respecter le taux de concours maximal.

Le CNL propose aussi des bourses aux auteurs (5 000 €, 8 000–15 000 €, 30 000 € pour une année sabbatique), qui peuvent permettre à un auteur, critique ou artiste de dégager du temps pour rédiger une monographie ou des textes de catalogue.

Centre national des arts plastiques (CNAP)

Le CNAP est l’acteur central pour l’édition d’art contemporain : monographies, catalogues raisonnés, livres conçus par des artistes, ouvrages théoriques liés à l’art contemporain.

Aide à l’édition imprimée et numérique (éditeurs) : bénéficiaires incluant maisons d’édition ou structures professionnelles pour qui l’édition constitue un des objets de la structure. Projets éligibles : monographies, anthologies, ouvrages thématiques, essais, écrits d’artistes, catalogues raisonnés, livres numériques ou projets en ligne, consacrés à des artistes vivants ou à des mouvements postérieurs à la première moitié du XXe siècle.

Disciplines couvertes : arts décoratifs, création sonore, design, design graphique, dessin, estampe, gravure, installation, nouveaux médias, peinture, performance, photographie, sculpture, vidéo. Critères d’évaluation : intérêt du champ artistique, qualité historique ou théorique, qualité de la maquette et du design graphique, inscription dans le champ de l’art contemporain.

Taux : plafond à 50 % du coût global du projet, sous forme de subvention.

Aide aux galeries pour la publication : le CNAP soutient également les galeries d’art contemporain pour l’édition de catalogues d’exposition, livres d’artistes ou monographies consacrés à un artiste contractuellement lié à la galerie. Le projet doit être un outil de promotion du travail de l’artiste par la galerie et n’engage pas de contribution pécuniaire de l’artiste pour le financement de la fabrication ou de la diffusion.

Directions régionales des affaires culturelles (DRAC)

Les DRAC proposent des aides à l’édition dans le cadre de leurs politiques territoriales. Les montants et modalités varient selon les régions, mais les dispositifs fonctionnent généralement par appels à projets avec des sessions annuelles (souvent février, mai et octobre).

Aide à l’édition indépendante : plusieurs DRAC, notamment en Grand Est, ont mis en place des contrats de filière avec le CNL et la Région pour mutualiser les soutiens aux acteurs du livre. Les dossiers portent sur des projets éditoriaux de qualité, avec examen des critères artistiques, de la faisabilité technique et financière, et de l’inscription dans un parcours professionnel.

Montants indicatifs : les aides DRAC pour l’édition se situent généralement entre 2 000 et 8 000 € selon les régions et la nature du projet. Les dossiers comprennent typiquement : curriculum vitae détaillé, portfolio d’œuvres (15-20 visuels), projet éditorial précis (maquette, synopsis, contributeurs textuels identifiés), budget détaillé (devis d’imprimeur), lettre de motivation expliquant la démarche.

Les commissions se réunissent généralement 2 fois par an (mars et septembre selon les régions). Le taux d’acceptation varie entre 20 et 40 % selon les DRAC. Les subventions DRAC ne peuvent généralement pas financer 100 % du projet. Il faut prévoir un apport complémentaire (15-50 % du budget total) via d’autres sources. Déposer le dossier 6 à 9 mois avant la date de publication souhaitée est indispensable pour respecter les délais d’instruction.

Aides régionales spécifiques

Certaines Régions proposent des dispositifs dédiés à la production artistique incluant les livres d’artistes. La Région Occitanie, par exemple, offre une aide à la production pour les œuvres d’art et livres d’artistes. Les artistes professionnels résidant en Occitanie peuvent solliciter cette aide sans critère d’âge. La période de dépôt des dossiers est ouverte chaque année du 1er novembre de l’année N-1 au 15 janvier de l’année N.

Les critères d’évaluation portent sur le propos artistique du projet, la singularité de la démarche, l’inscription du projet dans le travail global de l’artiste, le parcours antérieur et les perspectives de diffusion, ainsi que la faisabilité technique et financière.

ADAGP : bourse pour la publication d’une monographie

L’ADAGP (société de gestion collective des droits d’auteur des arts visuels) propose une bourse dédiée à la publication d’une monographie d’artiste, d’un montant de 12 000 €. Cette bourse vise à soutenir la diffusion du travail des artistes adhérents de l’ADAGP.

Conditions d’éligibilité : être adhérent de l’ADAGP, la publication doit concerner une monographie de l’artiste (ouvrage de référence portant sur au moins 10 ans de travail) ou un catalogue raisonné (pas de catalogue d’exposition), la publication doit s’inscrire dans le cadre d’un événement (exposition dans une galerie, un centre d’art, signature du livre, colloque), la publication doit se faire dans un délai de 2 ans à compter de l’attribution de la bourse, tirage minimum de 500 exemplaires.

Les éditeurs qui demandent le désistement des droits d’auteur des artistes ne sont pas acceptés. Lancement de l’appel à candidature : 28 janvier 2025 à 14h. Date limite d’envoi des dossiers : 30 avril 2025 à 14h.


 

La coédition artiste-éditeur : comment ça fonctionne et quels partages

 

Principe de la coédition en édition d’art

La coédition dans le secteur de l’édition d’art désigne un modèle de financement partagé entre l’artiste (ou une institution, une galerie) et la maison d’édition. Contrairement à l’édition traditionnelle où l’éditeur assume l’intégralité du risque financier, la coédition implique une participation financière de chaque partie.

Ce modèle s’est généralisé en raison de la structure économique du livre d’art : coûts de production élevés, tirages modestes, marché de niche. Les maisons d’édition spécialisées apportent leur expertise éditoriale (direction artistique, maquette, suivi de fabrication, correction), leur réseau de diffusion (distributeurs, libraires, salons professionnels), et leur crédibilité auprès des institutions culturelles.

 

Répartition financière typique

Dans une coédition standard, l’artiste ou le commanditaire assume généralement les frais de conception et de premier tirage, tandis que l’éditeur prend en charge les exemplaires destinés à la diffusion/promotion. Une maison d’édition parisienne spécialisée depuis 20 ans rapporte que dans leurs coéditions types, l’artiste (et/ou ses partenaires) investit entre 5 000 et 20 000 € selon la pagination et le tirage, tandis que l’éditeur apporte son expertise, son infrastructure, sa diffusion et sa communication. Les ouvrages sont ensuite commercialisés avec un prix public cohérent avec le marché.

 

Avantages pour l’artiste

La coédition offre plusieurs avantages concrets : accompagnement professionnel tout au long du projet (conception éditoriale, choix des contributeurs textuels, suivi de fabrication), qualité de fabrication garantie (impression, façonnage, respect des normes professionnelles), diffusion structurée en librairies spécialisées et en ligne, crédibilité accrue auprès des institutions culturelles (dépôt légal à la BnF, ISBN, référencement professionnel), et possibilité de constituer un dossier solide pour demander des subventions publiques (budget professionnel détaillé, partenaire éditorial identifié).

 

Points de vigilance

Lors de la mise en place d’une coédition, plusieurs éléments méritent attention : clarté du contrat définissant précisément les apports de chaque partie (montants, délais, livrables), répartition des exemplaires et droits de commercialisation, droits d’auteur sur les ventes réalisées par l’éditeur (généralement 8 à 10 % du prix public HT), propriété intellectuelle (l’artiste conserve ses droits sur les œuvres reproduites), et clause de résiliation ou de rachat des stocks en cas de désaccord.

Il est recommandé de comparer plusieurs propositions de coédition, chaque maison ayant sa sensibilité éditoriale, son réseau et sa méthode. Certaines privilégient l’art contemporain émergent, d’autres les catalogues raisonnés, d’autres encore l’art hors-normes. L’artiste doit trouver celle dont la ligne éditoriale résonne avec sa démarche.


 

Crowdfunding et souscription : mobiliser son réseau

 

Fonctionnement du crowdfunding pour le livre d’art

Le crowdfunding, ou financement participatif, permet à un artiste ou un éditeur de réunir des fonds auprès d’une communauté de contributeurs avant la fabrication du livre. Le principe : proposer des préventes et contreparties attractives en échange de contributions financières. Si l’objectif de collecte est atteint dans les délais fixés (généralement 30 à 60 jours), les fonds sont versés et le projet se concrétise. Si l’objectif n’est pas atteint, les contributeurs sont intégralement remboursés.

En France, les deux principales plateformes dédiées au livre sont Ulule et KissKissBankBank. Ulule a racheté KissKissBankBank en décembre 2024, créant ainsi le leader français du financement participatif. Ensemble, ces plateformes ont soutenu plus de 80 000 projets pour 480 millions d’euros collectés. Le secteur du livre représente environ 30 % des projets déposés sur ces plateformes, soit environ 7 000 projets littéraires par an, avec un taux de réussite moyen de 65 à 78 %.

Pour le crowdfunding culturel, la commission prélevée par Ulule s’élève à 8 % TTC du montant collecté uniquement en cas de succès de la campagne. Dans le cas contraire, l’éditeur ou l’artiste à l’origine du projet est intégralement remboursé.

Campagnes réussies dans le secteur du livre d’art

Le financement participatif a permis de financer de nombreux projets éditoriaux dans les arts visuels. La galeriste Béatrice Soulé a préfinancé le catalogue raisonné de l’artiste Ousmane Sow sur KissKissBankBank, misé sur 8 000 euros et obtenu plus de 15 000 euros. Les contributeurs versaient 60 euros pour obtenir cet ouvrage, ensuite vendu au public 80 euros.

L’artiste François Jauvion a réalisé un livre sur son panthéon dessiné des artistes de l’art brut grâce au crowdfunding. Dans le secteur de la bande dessinée et du livre d’art, certains éditeurs comme BD Must fonctionnent quasi exclusivement sur ce modèle avec 159 projets lancés sur Ulule depuis sa création. Une maison d’édition comme Fière.es a clôturé sa collecte lancée en août 2024 avec succès le 20 octobre 2024.

Conseils pour réussir une campagne

Pour maximiser les chances de succès, plusieurs bonnes pratiques se dégagent : fixer un objectif réaliste représentant 50 à 70 % du budget total de fabrication, proposer des contreparties attractives et variées (préventes à tarif préférentiel, tirages de tête signés et numérotés, œuvres originales de petit format, invitation au vernissage, rencontres avec l’artiste), soigner la présentation visuelle (vidéo de présentation de 2-3 minutes, visuels de qualité montrant le projet, maquette ou prototype), communiquer régulièrement auprès de sa communauté (newsletters, réseaux sociaux, relances hebdomadaires), et maintenir une transparence totale sur l’usage des fonds.

Le public cible est crucial : seuls ceux qui connaissent déjà le travail de l’artiste et l’apprécient vont contribuer. Le premier critère pour organiser une campagne de crowdfunding est donc de disposer d’un fichier de contacts (amis, visiteurs des expositions, collectionneurs, réseau professionnel). Il n’est pas nécessaire d’avoir un très grand nombre de contacts ni qu’il s’agisse de collectionneurs fortunés ; en revanche, il importe qu’ils aient une grande affinité avec l’artiste.

 

La souscription traditionnelle

Parallèlement au crowdfunding sur plateformes, la souscription traditionnelle demeure une pratique efficace dans le secteur de l’édition d’art. Le principe consiste à proposer un tirage de tête, une édition limitée, parfois dans un coffret et souvent accompagnée d’une petite œuvre (dessin, gravure, estampe). Le prix varie généralement de 100 à 500 €, voire 1 000 € selon les projets.

Les destinataires de la souscription comprennent qu’en achetant cette édition spéciale ils soutiennent l’artiste et deviennent un peu son mécène. Cette approche crée un événement autour du travail de l’artiste et renforce les liens entre ses contacts et son œuvre. Lorsque les conditions sont réunies, la souscription permet généralement de couvrir entre un tiers et la totalité d’un budget d’édition.


 

Partenariats privés : galeries, fondations, collectionneurs, mécènes

 

Soutien des galeries

Les galeries d’art contemporain qui représentent un artiste peuvent participer au financement d’un livre par préachat d’exemplaires destinés à être offerts à leurs collectionneurs ou utilisés comme outils promotionnels. Ce modèle présente un double avantage : la galerie dispose d’un support de qualité pour valoriser le travail de l’artiste qu’elle représente, et l’artiste sécurise une partie du financement avant impression.

Certaines galeries vont plus loin en initiant elles-mêmes des projets de publication. Le CNAP soutient d’ailleurs les galeries d’art contemporain pour l’édition de catalogues d’exposition, livres d’artistes ou monographies, avec des aides forfaitaires de 2 000 €, 4 000 € ou 8 000 €, plafonnées à 50 % du coût total HT de la publication. Ce dispositif exige que l’artiste ne participe pas financièrement au projet et que la galerie dispose d’un contrat avec l’artiste.

 

Fondations et mécénat culturel

Plusieurs fondations françaises soutiennent la création artistique et peuvent participer au financement de projets éditoriaux. La Fondation des Artistes attribue via sa commission mécénat des aides à la production d’œuvres, finançant à hauteur de 500 000 € par an des projets de plasticiens travaillant en France. Le montant de l’aide ne peut pas être supérieur à 80 % de la dépense de production globale. Elle est définie en fonction de la qualité artistique du projet, du réalisme de son budget, de l’implication dans le processus financier de production des éventuels diffuseurs, et des perspectives de visibilité du projet en France et à l’international.

L’aide est versée directement à l’artiste (75 % après la décision de la commission, le solde au moment de la première présentation de l’œuvre sur présentation du budget définitif et des justificatifs des dépenses).

D’autres fondations interviennent dans le soutien à la création : la Fondation Henri Cartier-Bresson décerne tous les deux ans un prix de 35 000 € à un artiste photographe et prend à sa charge la production d’une exposition et la publication d’un catalogue. La Fondation d’entreprise Emerige propose une bourse Révélations Emerige pour soutenir de jeunes artistes. La Fondation Orange soutient la création artistique et la démocratisation de la culture par le numérique.

 

Collectionneurs et mécènes individuels

Certains collectionneurs manifestent leur soutien à un artiste en participant au financement de sa monographie, soit par préachat d’exemplaires numérotés et signés, soit par une contribution directe au projet. Cette démarche relève du mécénat culturel et permet au collectionneur de bénéficier d’avantages fiscaux dans certains cas.

L’artiste peut également solliciter des entreprises locales dans le cadre de leur politique de mécénat culturel ou de responsabilité sociale (RSE). Les entreprises recherchent des retombées d’image et des valeurs associées. Il convient de leur proposer une fiche partenariat avec différents niveaux de soutien et contreparties (logo dans le livre, invitations au vernissage, visibilité digitale), un argumentaire mettant en avant l’impact culturel local et médiatique, et une cohérence avec leur secteur d’activité.


 

Questions fréquentes : financement livre d’art

Q : Peut-on cumuler plusieurs subventions publiques pour un même projet de livre ?

R : Oui, le cumul est possible et même fréquent, mais avec des règles précises. Les organismes publics ajustent leurs montants pour éviter un surfinancement. Par exemple, si vous obtenez une aide DRAC puis une aide CNL, le CNL recalculera son intervention pour respecter le taux de concours maximal (généralement 60-70 % du budget total). Il faut mentionner toutes les autres aides sollicitées ou obtenues dans chaque dossier de demande. Les maisons d’édition spécialisées connaissent ces mécanismes et peuvent vous accompagner dans le montage du plan de financement.

Q : Le crowdfunding fonctionne-t-il vraiment pour les livres d’art de niche ?

R : Le crowdfunding fonctionne à condition de disposer d’une communauté engagée autour du travail de l’artiste. Les chiffres montrent un taux de réussite de 65 à 78 % pour les projets de livre sur les plateformes françaises. Dans le secteur de l’édition d’art, plusieurs campagnes ont dépassé leur objectif initial (catalogue raisonné d’Ousmane Sow : 15 000 € collectés pour 8 000 € visés). La clé du succès réside dans trois facteurs : un réseau de contacts préexistant (amis, collectionneurs, visiteurs d’expositions), des contreparties attractives (tirages de tête avec œuvre originale, éditions signées), et une communication transparente tout au long de la campagne.

Q : Combien de temps faut-il prévoir entre le début des démarches et la livraison du livre ?

R : Pour un projet incluant des demandes de subventions publiques, comptez 12 à 24 mois au total. Le calendrier type se décompose ainsi : constitution des dossiers de subvention (1-2 mois), délais d’instruction des organismes publics (4-8 mois selon les dispositifs), phase de conception éditoriale et maquette (2-4 mois), fabrication et livraison (1-3 mois). Si vous optez uniquement pour un financement privé (coédition, crowdfunding, souscription), le délai peut être réduit à 6-9 mois. Il est recommandé de déposer les demandes de subvention 6 à 9 mois avant la date de publication souhaitée pour respecter les calendriers administratifs.

Q : Un artiste émergent sans exposition institutionnelle peut-il obtenir des subventions ?

R : Oui, les subventions DRAC et certaines aides régionales sont accessibles aux artistes émergents. Le critère principal est la qualité du projet artistique et éditorial, pas la notoriété. Un dossier bien construit compense l’absence de publications antérieures : portfolio cohérent démontrant une démarche aboutie, projet éditorial précis avec maquette professionnelle, budget réaliste établi avec des devis d’imprimeur, et partenariat avec une maison d’édition structurée. Les éditeurs spécialisés accompagnent régulièrement les artistes émergents dans le montage de ces dossiers, car leur expertise éditoriale renforce la crédibilité du projet auprès des commissions.

Q : Les galeries qui représentent un artiste financent-elles généralement ses livres ?

R : Les pratiques varient fortement selon les galeries. Certaines participent activement au financement par préachat d’exemplaires (50 à 300 exemplaires selon la relation), qu’elles utilisent ensuite comme outils promotionnels auprès de leurs collectionneurs. D’autres galeries préfèrent soutenir le projet différemment : mise à disposition de leur espace pour le vernissage du livre, relais de communication auprès de leur réseau, introduction auprès de collectionneurs susceptibles de souscrire. Le CNAP a d’ailleurs créé un dispositif spécifique d’aide aux galeries pour la publication de catalogues et monographies (2 000 à 8 000 € selon les projets), reconnaissant ainsi le rôle de ces structures dans la diffusion du travail des artistes qu’elles représentent.

Q : Vaut-il mieux commencer par chercher un éditeur ou par monter les dossiers de subvention ?

R : Les deux démarches sont complémentaires et peuvent se mener en parallèle, mais contacter un éditeur en premier présente plusieurs avantages. L’éditeur peut vous aider à structurer le projet (pagination, format, tirage adaptés au budget), établir un budget professionnel détaillé avec devis d’imprimeur crédibles, identifier les dispositifs de subvention les plus pertinents pour votre projet, et co-signer les demandes de subvention lorsque c’est possible (certains dispositifs CNL et CNAP s’adressent aux éditeurs). Un projet présenté avec un partenaire éditorial identifié a plus de crédibilité auprès des commissions d’attribution. Ces premiers échanges avec un éditeur ne vous engagent à rien et permettent d’affiner votre vision du projet.

Q : Les fondations culturelles privées financent-elles des livres d’art ?

R : Certaines fondations soutiennent directement la production d’œuvres et peuvent inclure des livres d’artistes dans leurs dispositifs. La Fondation des Artistes attribue jusqu’à 500 000 € par an via sa commission mécénat pour la production de plasticiens en France, avec des aides pouvant couvrir jusqu’à 80 % du budget du projet. D’autres fondations (Fondation Henri Cartier-Bresson, Fondation Emerige) proposent des prix incluant la publication d’un catalogue. Les fondations d’entreprise (Fondation Orange, BNP Paribas, Crédit Agricole) interviennent parfois sur des projets spécifiques liés à leurs territoires ou leurs axes de mécénat. Les dossiers de candidature sont généralement à déposer lors de sessions biannuelles (mars et septembre). Il est recommandé de consulter le guide des fondations culturelles pour identifier celles dont les critères correspondent à votre projet.


 

Démarrer votre projet : les premiers pas

Publier un livre d’art représente un projet ambitieux mais accessible, à condition de s’organiser méthodiquement et de mobiliser les bonnes ressources. La première étape consiste à clarifier votre intention éditoriale : quel type de livre correspond à votre situation et à vos objectifs (catalogue d’exposition, monographie retraçant 10-15 ans de travail, catalogue raisonné exhaustif) ? Quel public visez-vous (institutions culturelles, collectionneurs, historiens de l’art, grand public) ? Dans quel cadre s’inscrit ce projet (exposition à venir, étape de carrière, transmission patrimoniale) ?

Une fois ces questions précisées, il est recommandé de prendre contact avec une ou plusieurs maisons d’édition spécialisées pour discuter de votre projet, même à l’état d’ébauche. Ces échanges vous permettront d’affiner votre vision, de mieux comprendre les options qui s’offrent à vous, et d’établir un budget réaliste. Les éditeurs spécialisés sont habitués à ces conversations exploratoires et peuvent vous orienter même si votre projet n’est pas encore totalement défini. C’est leur métier, et cette phase de dialogue fait partie intégrante du processus éditorial.

Parallèlement, documentez-vous sur les dispositifs de subvention accessibles dans votre situation : consultez les sites des DRAC de votre région pour connaître les calendriers de dépôt et les critères spécifiques, vérifiez votre éligibilité aux bourses ADAGP si vous êtes adhérent, explorez les aides régionales dédiées à la production artistique, et identifiez les fondations culturelles dont les axes de mécénat correspondent à votre démarche. N’hésitez pas à comparer plusieurs approches : chaque maison d’édition a sa sensibilité, son réseau et sa méthode. Trouvez celle dont la ligne éditoriale résonne avec votre démarche artistique et qui pourra vous accompagner dans la durée.


Sources documentaires

Centre national du livre (CNL)

Centre national des arts plastiques (CNAP)

Ministère de la Culture

ADAGP

Région Occitanie

Ulule

Fondation des Artistes

Syndicat national de l’édition (SNE)

  • Études économiques du livre

Guide de l’artiste auteur

Devenir.art

Les-aides.fr

Assogallery

image_pdfTélécharger