Isabelle Boulin – 50 ans de création

Mot de l’éditeur :

« Quelle vie auriez-vous voulu vivre ? » La réponse d’Isabelle Boulin revient comme un refrain à travers cinquante ans de création : « La mienne. » Cette affirmation n’est pas une évidence. Elle est l’aboutissement d’un combat.

Car Boulin a longtemps cru impossible de mener deux existences à la fois : celle de l’artiste et celle de la femme vivante. Pendant des années, elle peint des corps endormis, morts, sur d’immenses toiles de lin brut. La palette est monochrome. Les figures n’ont pas de regard. « La souffrance que je sublimais était le seul moyen pour moi de créer », écrit-elle. Le dilemme est terrible : « peindre et me sentir prisonnière ». Puis, peu à peu, quelque chose se fissure. Elle découvre « avec stupéfaction que l’on peut créer autrement ». Un bouleversement total de son être la mène vers un autre dilemme, libérateur celui-là : « peindre et me sentir libre… sans renoncer à la vie ».

Cette liberté passe par un geste radical. En 2003, Boulin détruit une partie de son œuvre. « Mon œuvre m’encombre. Mon œuvre m’étouffe. Mon œuvre m’angoisse. » Mais cette destruction n’est pas un effacement. Elle devient matière première. Les toiles détruites sont découpées en centaines de carrés, qui composent de nouvelles œuvres. Les collages de 2010-2011 témoignent de cette métamorphose : l’anéantissement engendre une forme inédite. Le polyptique de 2009 que nous reproduisons dans ces pages révèle l’ampleur de cette mutation. Les bandes verticales aux couleurs franches dialoguent avec des lignes blanches obliques et des signes graphiques rouges. Plus de récit, plus de corps tourmentés. Seulement la peinture elle-même : ses rythmes, ses couleurs, sa matière. Cette œuvre nous touche par sa tension entre construction rigoureuse et spontanéité gestuelle.

Car Boulin a dû affronter une question vertigineuse au début des années 1990 : « peindre quoi, lorsqu’on ne se situe pas dans le narratif ? » Comment créer quand on n’a plus d’histoires à raconter ? La réponse lui vient progressivement. L’expérience de 1998, une bâche de 150 mètres entourant le théâtre de l’Odéon, la conduit aux polyptyques. Elle apprend à « remplacer l’image objective de la réalité visible par la sensation ». « Je ne peins pas des paysages mais ce qu’ils produisent en moi », écrit-elle. Au fil des pages, cette publication retrace ce parcours où la peinture cesse d’être un antidouleur pour devenir « l’espace du dérisoire, du ludique, afin de mieux vivre de soi ».

 

Sans titre – polyptique (2 panneaux), acrylique sur toile de lin libre brute, 200 x 150 cm, 2009

 

17 x 24 cm
144 pages en couleur
Couverture reliée
isbn 978-2-35532-468-0
35 €

 

 

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