Brigitte Sillard – Sillonner le monde
Mot de l’éditeur
En 1997, dans les marais salants de Batz-sur-Mer, Brigitte Sillard a tracé en argile une spirale de vingt et un mètres sur treize, puis l’a remplie d’eau de mer. L’eau s’est évaporée, le sel a envahi la forme. Un an plus tard, des salicornes poussaient sur les murets. La nature avait terminé l’œuvre, et c’était l’idée.
Esprit de sel, sa première grande œuvre dans le paysage, l’a confortée dans le land art. Comme Richard Long, l’artiste marcheur dont elle se réclamait, elle a arpenté le monde, du Tassili algérien aux glaces du Spitzberg. Elle marchait d’abord pour connaître un lieu, puis travaillait avec ce qu’elle y trouvait : sel, sable, pierres, bois flotté. De Batz-sur-Mer, elle disait : « Je suis arrivée sur place les mains dans les poches. »
Elle est née en 1942 à Saint-Malo, dans une maison de la chaussée du Sillon. Enfant, elle a découvert avec sa grand-mère la Roche-aux-Fées, le plus grand dolmen de France. En 1992, elle a passé plus d’une semaine dans le cairn de Gavrinis, haut lieu de la préhistoire bretonne, à relever à l’huile ses vingt-neuf dalles, gravées vers 4500 avant notre ère. Sur l’un de ces relevés, le fond est presque noir et le trait gratté fait revenir la lumière en arcs serrés, emboîtés. Chaque ligne suit le sillon creusé par une main il y a plus de six mille ans. C’est ce geste de recopiste, patient, qui nous a retenus. On retrouvera ces arcs dans le verre coulé : l’une de ses stèles de verre, Sillon, est entrée au Centre Pompidou.
Brigitte Sillard était kinésithérapeute, habituée au travail des mains. Après une blessure longtemps tue, elle a modelé en terre des corps de femmes courbés, figés dans l’attente. Puis elle est passée au verre et a mis au point avec le verrier Denis Goudenhooft un four à bascule. « La terre absorbe la douleur. Le verre la laisse passer », disait-elle.
Le musée du Verre de Conches-en-Ouche conserve ses relevés de Gavrinis et Vortex, seize miroirs de plus de trois mètres installés en 2024. Ces pages montrent qu’une œuvre peut naître de ce qu’on laisse faire au monde, comme ce sel et ces salicornes qui ont achevé la spirale de Batz-sur-Mer.

Gavrinis- détail d’un des dessins à l’huile gravé -réalisé dans le cairn, relevé des 29 dalles – 46 x 37 cm – 1992