Corneille, Chaïbia, Cérès Franco – Des poèmes pour le monde

Mot de l’éditeur

En novembre 1966, dans une galerie parisienne, Corneille, membre fondateur du mouvement CoBrA, et Cérès Franco, galeriste brésilienne installée à Paris, se mettent à genoux sur le sol pour regarder des gouaches étalées à même le parquet. Ils viennent de découvrir Chaïbia. Corneille presse sa langue contre son palais et murmure : « Comme CoBrA, comme CoBrA. » Cette scène dit tout, ou presque : trois personnalités que tout sépare par l’origine, le milieu, le parcours ; deux découvreurs à genoux devant les images d’une troisième.

Ce livre propose de relire ces trois figures importantes de l’art de la seconde moitié du XXe siècle sous un angle que l’on n’avait pas encore exploré : la poésie. Corneille le peintre, qui illustrait les textes des autres et glissait des vers dans ses lettres intimes, confessait que ce qu’il écrivait, il aurait voulu le dessiner. Chaïbia, qui n’a jamais appris à écrire, dictait ses poèmes à un jeune professeur de français installé à Berrechid, au Maroc, lui qui cassait les phrases en vers pour approcher le rythme de son phrasé. Et Cérès Franco, dont la réputation de galeriste a masqué plus de 75 ans d’écriture en trois langues, notait dans ses carnets : « Je veux écrire, tout simplement, comme l’enfant veut peindre dans l’innocence. »

Parmi les œuvres ici retenues, figure Jeunesse, une gouache de Chaïbia datant des environs de 1974 : des formes rondes et entrelacées, roses, oranges, vertes, cernées d’un trait noir sans hésitation. On y retrouve la même pulsion que dans ses poèmes-dits, où la graine devient arbre, l’arbre appelle les oiseaux, les oiseaux cachent le ciel. Chez Chaïbia, la peinture et la parole puisent au même endroit : une joie de vivre qui ne se justifie pas. Ce « pour le monde » du titre n’est pas une formule. C’est la nature même de ces trois pratiques poétiques : un désir de témoigner du monde tel qu’il est ressenti, sans posture ni programme.

Majoritairement inédits, ces textes sont rendus accessibles aujourd’hui grâce au don des archives de Cérès Franco à la Coopérative-musée qui porte son nom, à Montolieu, village du Livre et des Arts. Ce catalogue inaugure à la fois un musée et une façon de regarder autrement ces trois personnages : non plus seulement comme des artistes ou des découvreurs d’artistes, mais comme des gens qui avaient besoin, chacun à leur manière, de mettre des mots sur ce qu’ils voyaient.

 

Chaïbia, Jeunesse, vers 1974, gouache sur papier, CF21, collection La Coopérative-musée Cérès Franco

 

17 x 24 cm
64 pages en couleurs
Reliure souple à rabats
isbn 978-2-35532-479-6
22 €

 

 

Où acheter ce livre ?

Acheter en ligne 

 

Contacter l’artiste / le porteur du projet

Nom(Nécessaire)