Victoire Darlay
Mot de l’éditeur
Victoire Darlay a grandi dans un atelier de modiste. Des rubans, des voilettes, des feutres, puis soudain, de cet assemblage de matières : un chapeau. Elle garde de cette enfance l’idée que la forme naît de la métamorphose. Quand un deuil précoce survient, c’est la peinture qui l’en sort. À dix-huit ans, Leonor Fini, peintre surréaliste, remarque ses toiles et lui propose de l’assister pour des décors de théâtre. Elle choisira les sciences humaines en plus : une triple licence, puis une activité d’art-thérapeute menée en parallèle de son travail de plasticienne. Chaque voie a nourri l’autre.
Ce contexte éclaire le Minotaure au fond du labyrinthe, huile, acrylique et collage sur toile de 1996, que la monographie place en ouverture, face à un poème de Gaston Miron, poète québécois : « je suis arrivé à ce qui commence. » Dans ce grand carré bleu, une écriture manuscrite reste partiellement visible au centre, à moitié absorbée par la matière picturale. Des collages de papier brun, des gestes noirs au pinceau, des éclats rouges. Tout suggère un espace à traverser pour atteindre quelque chose. C’est une toile qui dit déjà tout : la tension entre enfermement et sortie, et ce geste propre à Victoire Darlay d’inscrire des mots dans la peinture.
Car ce qui distingue son travail, sur trente années de peintures rassemblées ici, c’est ce dialogue entre l’image et le texte. Les Boîtes à poème, les séries Écritures et traces, les citations de Braque ou de Tàpies intégrées à la maquette, ses propres poèmes glissés entre les œuvres : les toiles de Victoire Darlay ne se regardent pas seulement. Elles se lisent. L’écriture n’y est pas décorative ; elle est matière, au même titre que l’acrylique ou le collage.
Dans Mes étoiles sont en couleur, la série de 2023, Victoire Darlay rend hommage à ses disparus. Le mimosa sous la fenêtre d’une adolescente, le petit vase de jade devant le portrait d’une mère : les couleurs deviennent récit de ce qui a été. La quête de lumière qui traverse toute l’œuvre depuis les Alhambras de Grenade trouve ici sa forme la plus personnelle. Puis vient le livre, qu’elle conçoit comme une offrande : « ces bouts de ciel » qui quittent l’atelier pour aller vers l’autre. C’est ainsi, chez Victoire Darlay, que la peinture devient partage.

Minotaure au fond du labyrinthe, huile, acrylique, collage sur toile, 86 x 86 cm, 1996
24 x 29 cm
80 pages
Couverture souple à rabats
ISBN 978-2-35532-477-2
35 €
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