Dominique Reboux – Hors du temps

Mot de l’éditeur

Avant de peindre, Dominique Reboux prend un couteau. Pas un pinceau. Le couteau d’abord, qui creuse, qui étale, qui construit une épaisseur que la toile devra porter longtemps, parfois des années, avant que l’œuvre soit déclarée achevée. C’est à partir de cette matière brute, tactile, presque géologique, que tout le reste advient : la couleur, la lumière, et ce quelque chose d’insaisissable qu’elle cherche à rendre visible.

Tendresse, une acrylique de 2024, dit cela mieux qu’un long commentaire. La surface brûle : rouges et ocres en fusion, griffures du couteau encore lisibles sous la peinture, un jaune qui perce dans le coin supérieur droit comme une fissure de lumière avant de se noyer dans le noir. Rien de doux. Pourtant le titre est là, et il dit vrai : chez Reboux, la tendresse a de l’épaisseur, elle passe par le corps avant d’atteindre l’âme. Cette tension entre ce qu’on lit et ce qu’on voit semble le signe d’une peinture qui ne cherche pas à séduire, mais à atteindre.

Sa démarche est celle d’une pratique du temps long. Elle travaille plusieurs toiles simultanément, superpose les couches sans qu’aucune forme ne soit immédiatement reconnaissable, préfère « suggérer le mystère plutôt que de le révéler. » Chaque toile est un palimpseste, au sens littéral : quelque chose a été recouvert, mais les couches d’en dessous continuent d’agir. Le titre du livre, Hors du temps, n’est pas une posture : c’est une méthode.

Ce rapport au temps et à la matière, Reboux l’a construit patiemment, au fil d’un parcours initiatique que cette monographie donne à lire. Il y a trente-cinq ans, elle commence par la laque, avec Luis Ansa, maître soufi. Puis vient l’atelier de Montparnasse, où Antoni Ros Blasco, prix de Rome 1984, l’amène vers une expression plus personnelle. Félix Ramage, ensuite, avec ses cours de croquis de mouvement, la libère du trait. La gravure à Arcueil lui révèle le noir et blanc, puis l’encre s’impose. Chaque rencontre a ouvert une porte.

Au fil des pages de ce livre, organisé par couleurs, l’œuvre prend toute sa cohérence : une abstraction lyrique portée par les couleurs primaires, cherchant la lumière à travers l’épaisseur. Cosmos, Éthers, les Quatre Éléments habitent ces toiles sans qu’on ait besoin de les nommer pour les ressentir. Dans une époque qui produit beaucoup d’images légères, il n’est pas sans intérêt qu’une peinture choisisse délibérément la pesanteur de la matière pour dire ce qui échappe à la vue.

Tendresse – acrylique sur toile – 73 x 60 cm – 2024

 

22 x 27 cm
104 pages en couleurs
Reliure cartonnée
isbn : 978-2-35532-469-7
35 €

 

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