ERRÓ

Mot de l’éditeur :

En 1964, Guðmundur Guðmundsson, dit Erró, prend une décision qu’il ne remettra jamais en question : il ne créera plus aucune forme de lui-même. Désormais, tout viendra d’images déjà existantes. Comics américains, publicités, iconographies politiques, pages de magazines, reproductions de chefs-d’œuvre : Erró les découpe, les classe, les assemble selon des thématiques qu’il construit comme une cartographie mentale, dans une phase proche, dit-il, de l’écriture automatique. Le passage à la toile se fait ensuite par le dessin et la couleur, avec un émail industriel qui confère aux surfaces leur éclat lisse et brillant, presque celui d’une affiche.

Cette méthode n’est pas un procédé technique : c’est une posture intellectuelle que rien n’a entamée depuis plus de soixante ans. Elle donne naissance à des compositions saturées, où les images issues de la culture de masse côtoient celles de l’histoire de l’art sans la moindre hiérarchie. Le critique américain Arthur Danto a trouvé un nom pour cette profusion : le pop baroque. La formule est juste. Ce que peint Erró, ce n’est pas un commentaire sur les images ; c’est le monde tel qu’il est, rendu visible par l’accumulation.

SEX AND SEX (2024) en donne une illustration qui nous a frappés. Sur fond d’étoiles américaines déconstruites, des superhéroïnes de comics aux formes hyperboliques (chevelures blanches, armures chromées, couleurs saturées) occupent l’avant-scène avec l’assurance d’icônes publicitaires. Et dans le tiers inférieur du tableau, surgit Guernica de Picasso : ses gris, ses figures tordues, son drame sans couleur. La profusion visuelle du spectacle contemporain et la mémoire des tragédies du siècle coexistent dans le même espace pictural. Le titre lui-même dit la répétition, l’accumulation jusqu’à l’absurde. Il n’y a ni protestation ni manifeste ici. Juste la collision, et ce qu’elle fait apparaître.

Né en 1932 à Ólafsvík, en Islande, formé à Reykjavik, Oslo, Florence et Ravenne, installé à Paris depuis 1958, Erró continue à 93 ans d’absorber les mutations visuelles de son époque. Les mangas japonais ont rejoint dans son répertoire les comics américains des années 1960, élargissant les récits qu’il compose. À l’heure où les flux d’images numériques semblent intarissables, son œuvre ne perd rien de sa pertinence. On pourrait dire qu’il avait simplement un peu d’avance. C’est ce que cette publication, réalisée pour l’exposition au FIAA du Mans, se propose de documenter.

SEX AND SEX – acrylique sur toile – 172 x 134 cm – 2024

24 x 30 cm
40 pages
Broché
isbn 978-2-35532-486-4
15 €

 

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