Les Aventuriers de l’Œil de bœuf – Cérès Franco
Mot de l’éditeur
En 1962, Cérès Franco lance une consigne simple à une poignée d’artistes parisiens : peindre sur un format rond ou ovale. Pas de thème imposé, pas de style attendu. Juste cette contrainte de forme, suffisamment déconcertante pour forcer chacun à produire quelque chose qu’il n’avait pas en réserve dans son atelier. Cette invitation en apparence anodine va générer, pendant dix ans, six expositions à travers l’Europe et l’Amérique du Sud, réunissant plus d’une centaine d’artistes sur trois continents.
Saudade do Brasil, l’œuvre que Gontran Guanaes Netto réalise pour la dernière de ces expositions, en 1972, en dit long sur ce que la consigne a rendu possible. Sur une toile ovale, le peintre brésilien compose à la gouache une image à la fois joyeuse et engagée, dédiée explicitement à Cérès. Le format n’y est pas subi : il est chargé. D’un côté, les formes douces de l’ovale brésilien, le bœuf des berceuses populaires. De l’autre, une amitié entre une commissaire et ses artistes qui transforme une règle formelle en complicité.
Cérès Franco (1926-2021) est née à Bagé, dans le sud du Brésil, et s’installe à Paris en 1952. Critique d’art, correspondante pour des journaux brésiliens, elle observe longuement le milieu artistique parisien avant d’y inventer son propre rôle. Le métier de commissaire d’exposition indépendant existe à peine en Europe lorsqu’elle s’en empare. Elle est femme, extra-européenne, sans galerie, sans budget fixe. Elle compense par un réseau : son appartement du 58 rue Quincampoix devient une ruche où passent Corneille (figure du mouvement CoBrA), des naïfs brésiliens, des artistes pop hollandais, des peintres grecs exilés. Elle n’est ni abstraite ni figurative, ni suiveuse ni précurseuse : elle est libre, et sait reconnaître cette liberté chez les autres.
De la première exposition rue de Seine, en mai 1962, à la rétrospective qui clôt l’aventure et inaugure sa galerie en décembre 1972, Cérès porte l’œil-de-bœuf à Paris, São Paulo, Madrid, Haarlem. Elle le défend dans des pays du bloc soviétique, l’importe dans des galeries de fortune à Ibiza. Ce catalogue, premier ouvrage documenté sur cette période, retrace une décennie de projets souvent menés dans la précarité, toujours animés d’un même refus du conformisme.
Cette histoire parle à notre temps. Que vaut une contrainte qui libère ? Que peut un réseau tissé d’amitiés plutôt que d’intérêts ? Au fil de ces pages, on découvre que les réponses de Cérès Franco, formulées dans le Paris bouillonnant des années 1960, n’ont pas pris une ride.

Saudade do Brasil dit aussi Brésil je t’aime ! ou Portrait de Cérès Franco, 1972, gouache sur toile et assemblage d’une toile et d’un cadre ovale, 66 × 66 cm, CF 929, collection La Coopérative-musée Cérès-Franco
24 x 30 cm
144 pages en couleurs
Couverture souple à rabats
isbn 978-2-35532-478-9
35 €
Où acheter ce livre ?
Acheter en ligne