Michel Follorou – Les Petites Jocondes
Mot de l’éditeur
Un photographe qui a parcouru le monde se satisfait désormais d’un seul mètre carré ! Depuis dix ans, Michel Follorou photographie inlassablement le même fragment d’un mur pauvre d’une église abandonnée, captant les effets fugitifs de la lumière des vitraux sur le plâtre écorché. Jusqu’au jour où il découvre, reléguée au fond d’une niche abandonnée, une petite vierge de plâtre haute de dix centimètres à peine. Cette statuette de style saint-sulpicien, dépourvue de qualité artistique particulière, va bouleverser sa recherche.
De la rencontre entre ce visage et ce mur naît la série des Petites Jocondes, présentée dans cette publication. Follorou fusionne la douceur de la statuette avec la rudesse de sa surface photographiée. Dans Madone 1, les joues rosées et les yeux bleus perçants émergent d’un fond bleu profond écorché. Déjà les craquelures traversent les traits, la peinture écaille le front. La matière menace le visage, mais ne l’efface pas tout à fait. Ce moment d’équilibre précaire, où le portrait hésite entre apparition et dissolution, définit toute la démarche de l’artiste.
Cette discipline ascétique rappelle les séries de Monet sur les cathédrales de Rouen, mais appliquée au visage humain. C’est d’ailleurs ainsi que Jean-Pierre Grünfeld, dans son texte qui accompagne ces images, structure la série : andante, largo, adagio, allegretto. Chaque mouvement explore un degré différent d’évanescence. Tantôt le visage se noie dans le minéral, tantôt il s’impose par-dessus la pierre. Léonard de Vinci recommandait de « regarder sur un mur barbouillé de taches » pour y découvrir des formes cachées. Follorou, lui, y a découvert des âmes.
Cette démarche pose une question simple : que voyons-nous vraiment quand nous regardons ? Dans un monde saturé d’images immédiates, les Petites Jocondes demandent du temps, de la contemplation. Elles nous confrontent à notre propre capacité d’attention. Au fil des pages, on découvre que la pauvreté matérielle peut engendrer des apparitions inattendues. Ces madones surgies du plâtre abîmé interrogent notre rapport au sacré, à la présence, à la mémoire. Follorou prouve qu’il n’est pas nécessaire de parcourir le monde pour trouver l’infini. Un mètre carré suffit, pourvu qu’on sache le regarder.
24 x 30 cm
48 pages en couleurs
Reliure souple à rabats
isbn 978-2-35532-471-0
35 €
Où acheter ce livre ?
Acheter en ligne