« Je n’ai que l’art pour me construire à ma façon. » Nous sommes touchés par cette quête d’Alex Stalenberg, sculpteur néerlandais qui a fait de la pierre son interlocutrice privilégiée. De son premier atelier « sous le rhododendron » aux vastes SquArts parisiens qu’il a coordonnés dans les années 1990, Stalenberg trace un parcours atypique où création personnelle et engagement collectif s’entremêlent harmonieusement. Ses sculptures aux courbes fluides, qu’il façonne principalement dans des pierres tendres comme le gypse albâtre, portent l’empreinte des arts premiers et du mouvement CoBrA. Mais au-delà de la forme, c’est bien un dialogue avec les origines qu’il recherche, captant dans chaque bloc cette « vibration » primitive qui relie l’humain contemporain à la mémoire minérale. Un artiste pour qui créer, c’est autant modeler la matière que transformer le monde qui l’entoure.
« La Loire, c’est, pour moi, comme la Sainte-Victoire pour Cézanne. » Nous découvrons avec Jean-Marie Girard (1928-2020) un peintre qui a fait du regard attentif porté sur le réel une véritable expérience spirituelle. Dans son atelier tourangeau, les objets les plus humbles – un buffet de cuisine, quelques flacons, des fruits – se métamorphosent sous l’effet d’une lumière savamment orchestrée. Élève en mathématiques supérieures avant de découvrir Cézanne, conservateur au musée des Beaux-Arts de Tours puis enseignant d’histoire de l’esthétique, il développe une approche où la rigueur constructive se mêle à une profonde sensibilité. Des bords de Loire aux marchés de Vinaroz en Espagne, ses huiles, pastels et aquarelles témoignent d’une attention aux êtres et aux lieux qui fait de chaque tableau une célébration du quotidien transfiguré. Un art où voir devient, selon ses mots, « tout à la fois plus attentif et plus aigu ».
« Monter plus haut pour voir plus loin » : cette maxime créole pourrait résumer l’essence même de la démarche de Victor Permal. Dans son atelier au pied du volcan martiniquais, l’artiste fait naître des chevaux d’un bleu profond, symboles d’un peuple puisant sa force dans ses racines. Fils d’un père indien et d’une mère africaine, cet ancien prêtre devenu artiste a développé une technique unique, mêlant huile et encre en une matière transparente qui traduit plastiquement la fusion des cultures. Ses œuvres, où les corps se mêlent à une végétation luxuriante, portent l’ambition de construire ce qu’il nomme « l’unité anthropologique » de son peuple. Un parcours atypique nourrit cette quête : de Fort-de-France à Paris, en passant par Alger, Permal trace depuis cinquante ans un chemin où l’intime rejoint l’universel.
« Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate. » Ces mots gravés aux portes de l’Enfer n’ont pas découragé Chenard. Nous sommes fascinés par l’ampleur de son projet : illustrer l’intégralité de La Divine Comédie et recopier à la main ses 14 233 vers. Dans une démarche méthodique, l’artiste accompagne le périple de Dante, des cercles infernaux aux sphères célestes. Son trait, tour à tour tourmenté, épuré ou éthéré, épouse les métamorphoses du texte. Là où ses prédécesseurs privilégiaient souvent les passages les plus spectaculaires, Chenard choisit d’accompagner le poème dans sa totalité, offrant à chaque chant sa propre respiration visuelle. Une exploration qui réactive, avec une sensibilité contemporaine, les thèmes universels de cette œuvre majeure : la quête de sens, le désir de rédemption, l’aspiration à la transcendance.
Comment dire la foi à l’heure du doute ? Nous avons trouvé une réponse inattendue dans le dialogue entre Marguerite Bauer Benidir et le père Dalmer Jiron Deza. La poétesse alsacienne et le prêtre photographe péruvien orchestrent une symphonie à deux voix : ses mots cherchent la trace du divin dans les cimetières lointains, ses images captent la présence de l’invisible dans la nature. Quand la rhapsodie du doute s’élève, le silence des photographies répond. Quand la foi renaît, les poèmes chantent et les images rayonnent. Une œuvre qui renouvelle l’art spirituel.