Poupée Caussin-Bellon – Les Dalaras
Mot de l’éditeur
Pour un tableau de 80 x 80 cm, Poupée Caussin-Bellon passe une quarantaine d’heures à polir la surface avec des galets de rivière en obsidienne. La peinture, elle, a pris une trentaine de minutes : quelques passages de spatule, en plein air, entre 19 et 25 °C. Ce qui sèche sur le bois est du tadelackt, un enduit marocain de chaux, de poudre de marbre et de pigments minéraux. Sous la pression du galet, la chaux disparaît. Restent le marbre et la pierre, compactés, qui portent la couleur. « Je reconstitue du marbre à l’envers », résume l’artiste. Le titre de ce livre est issu du verbe arabe dalara : masser, frotter, polir.
Ce savoir-faire vient des chantiers. Architecte d’intérieur spécialisée dans la restauration de bâtiments anciens et historiques, Poupée Caussin-Bellon l’a appris au Maroc, auprès des plâtriers. Le mur est depuis devenu tableau : la pastelliste reconnue travaille désormais l’enduit sur bois, avec un liant de sa fabrication, et se dit seule à le pratiquer ainsi.
Ces surfaces lisses et brillantes appellent la main, et l’artiste invite à les caresser comme une sculpture. La première de couverture, vernie, reproduit un détail des Rêveries de Colette : le livre lui-même demande à être touché.
Le plus souvent, quelques lignes écrites précèdent le tableau, sur un souvenir, une personne, ce qu’il faudra exprimer. Poupée Caussin-Bellon parle d’une peinture « affective et sentimentale ». Dans L’Âme de Pierre, le bleu est la Méditerranée d’un homme qui a marqué sa vie. Dans Le Souffle de mon chagrin, il rappelle les yeux de sa mère. Le Monde de Marilou raconte une autre histoire, celle d’une correction. Une série consacrée à l’eau était en cours quand Marilou, une petite fille, a trouvé ces eaux tristes. C’est la seule personne admise dans l’atelier pendant que l’artiste peint, et elle a tranché : « Il n’y a pas de vie dans ces tableaux ! » L’artiste lui a donné raison. Dans les bleus balayés à la spatule sont apparus des animaux à peine perceptibles. On aime qu’une peintre de métier écoute une enfant, et que le tableau en garde la trace. Ce geste de plâtrier, qui lisse un mur, Poupée Caussin-Bellon l’applique aussi aux sujets durs que le livre ne met pas de côté : les femmes afghanes d’août 2021, les guerres de La Folie des hommes.
Dans nos vies pressées, ses tableaux proposent un mouvement simple qu’on a un peu oublié : poser la main sur ce que l’on regarde.
Poupée Caussin-Bellon
Les Dalaras
24 x 30 cm, relié
144 pages
30 €
ISBN 978-2-35532-489-5