Yolaine Wuest
Mot de l’éditeur
Yolaine Wuest ne part pas du blanc pour ajouter de l’obscurité : elle part du noir profond pour en extraire la lumière. Il lui arrive de recouvrir la toile entièrement, et de recommencer. Non par découragement, mais parce que la ligne n’était pas exactement celle-là ; elle le sait sans pouvoir dire pourquoi. Elle fouille la matière pigmentée, parfois nourrie de terre d’ombre ou de Sienne, jusqu’à en dégager la lumière. Non une lumière posée, mais une lumière arrachée. Ce travail en clair-obscur inscrit Yolaine Wuest dans une généalogie de peintres qui ont fait du noir un territoire : Caravage, Zurbarán, Soulages, qu’elle admire et auxquels elle se sait liée. Pourtant ce noir n’est pas un hommage. C’est un « ancrage », comme elle dit. Une matière dans laquelle puiser.
Ce qui se joue dans cette quête n’est pas purement formel. Yolaine Wuest parle d’une forme d’écriture fidèle à son « état d’être » : la monochromie radicale qu’elle pratique lui permet de dire ce qu’elle porte en elle. Toile après toile, elle module au chiffon ou à la brosse les passages entre ombre et lumière, ce qu’elle appelle son « terreau ». S’éprendre (70 x 70 cm, 2023) en est une illustration nette : le fond noir occupe les trois quarts de la toile, et c’est tout en bas, discrètement, qu’une ligne lumineuse incurvée traverse l’espace, portant deux petites formes nacrées. La lumière ne s’impose pas, elle persiste. Le titre dit quelque chose d’imprévu qui survient malgré tout. Ce moment où l’on est saisi, sans l’avoir cherché.
En 2020, au début du premier confinement, un nouveau matériau s’impose à Yolaine Wuest : le calque. Transparent, diffus, il inverse la logique habituelle. Ce ne sont plus des éclats de lumière dans le noir, mais des traces sombres sur un fond ouaté. Pourtant Yolaine Wuest est claire : ces Transparences « puisent à la même source ». Toile et calque dialoguent désormais en permanence, matériaux « compagnons de route ». Cette monographie rassemble dix ans de cette pratique. Au fil des pages, on comprend que le titre Sillages ne désigne pas les œuvres elles-mêmes, mais ce qu’elles laissent après leur passage, des « ondes légères », comme les appelle Yolaine Wuest. Dans une époque qui surcharge de signes, ce choix du moins, de l’obscurité gardée, du trait retenu, a quelque chose d’étrange et d’obstinément nécessaire.

S’éprendre – fusain et huile sur toile – 70 x 70 cm – 2023
24 x 30 cm
104 pages en couleur
Couverture cartonnée
ISBN : 978-2-35532-475-8
35 €
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